Poutine : Sa décision de ne plus vendre du gaz en dollars fait trembler les occidentaux, les conséquences

Le président russe et chef de guerre actuel en Ukraine Vladimir Poutine a annoncé ce mercredi 23 mars que la Russie n’acceptera plus de paiements en dollars ou en euros pour les livraisons de gaz à l’UE, donnant une semaine aux autorités russes pour élaborer le nouveau système de transaction en roubles.

Cette annonce a eu un effet immédiat sur la devise russe, qui s’est renforcée face à l’euro et au dollar, alors qu’elle s’était écroulée dès le 24 février et l’entrée des forces russes en Ukraine.

Est-ce un nouveau défi aux Européens et à leurs fournisseurs de gaz ? S’ils refusent ces nouvelles conditions, ils n’auront plus de gaz russe. S’ils l’acceptent, ils soutiendront alors le cours du rouble et annuleront une partie des effets de trois semaines de sanctions.

Accélérer l’embargo européen?

« C’est encore un peu flou mais il s’agit avant tout de communication, explique à BFM Business Alexandre Andlauer, expert énergies pour Kpler. Les contrats actuels ne sont pas concernés, on ne peut pas les modifier comme cela, mais cette annonce peut être perçue comme une volonté de ne plus vendre de la part des Russes ».

Ce qui pourrait accélérer un choix européen de ne plus se fournir en Russie,

« L’Occident pourrait frapper la Russie avec un embargo pétrolier qui ferait plonger l’économie russe », a ainsi mis en garde sur Telegram Andriï Iermak, chef du cabinet du président Volodymyr Zelensky. « Ce sera désormais une bataille économique clé, et l’Occident doit la gagner collectivement ».

Un éventuel embargo européen poserait un « réel problème » pour le gazole, dont l’Europe est une grande consommatrice, a néanmoins mis en garde mercredi la ministre française de la Transition énergétique.

« Nous avons en Europe et en France à faire face à ce besoin de diesel, qui risque de se faire de plus en plus crucial si des décisions sont prises dans les jours ou les semaines à venir », a déclaré Barbara Pompili, dont le pays assure la présidence tournante de l’Union européenne.

« Ca serait très compliqué », abonde Alexandre Andlauer.

Pas d’impasse

Pour Antoine Levy, professeur au MIT Economics, il y a « beaucoup d’émotion à tort sur cette règle, comme s’il s’agissait d’un coup de génie de Poutine qui mettait les Européens dans une impasse. C’est complètement absurde », affirme-t-il sur Twitter.

« Actuellement, l’importateur européen avec ses dollars qui veut acheter du gaz russe envoie ses dollars à Gazprom, qui lui envoie son gaz. Gazprom doit payer ses salaires et coûts en roubles, et vend ses dollars à la banque centrale de Russie contre des roubles », explique-t-il.

« A la fin du processus, l’Européen a moins de dollars, et du gaz. La banque centrale de Russie a plus de réserves en dollars. Gazprom a moins de gaz et plus de roubles. Avec la nouvelle règle, l’Européen utilise des dollars pour acheter des roubles à un russe (par exemple une banque), puis des roubles pour acheter du gaz à Gazprom ».

« La banque russe doit vendre ses dollars à la banque centrale contre des roubles (obligatoire depuis mars). Le résultat est exactement le même. L’Union européenne a moins de dollars et plus de gaz, Gazprom moins de gaz et plus de roubles, la banque centrale de Russie plus de dollars. A la rigueur, c’est un moyen pour Poutine de s’assurer que les entreprises russes comme Gazprom ne trichent pas en gardant des dollars pour elles », souligne Antoine Levy qui estime que « c’est une règle anti oligarques bien plus qu’une règle anti-europenne ».


« Cela ne fera qu’accélérer la diversification loin de l’énergie russe »


Pour Timothy Ash, analyste de Blue Bay Asset, Poutine « essaie essentiellement d’amener les pays occidentaux qui ont sanctionné la Banque centrale de Russie à traiter avec elle. Mais cela ne fera que compliquer les transactions avec la Russie pour l’approvisionnement en énergie. Cela ne fera qu’accélérer la diversification loin de l’énergie russe », indique-t-il à l’AFP.

Un moyen de dédollariser l’économie russe ?

Rappelons que Moscou prône depuis des années la dédollarisation de son économie, afin de réduire sa vulnérabilité aux sanctions. En mars 2019, le géant gazier public russe Gazprom a ainsi annoncé sa première vente de gaz en roubles à une entreprise européenne.

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La domination du dollar est-elle en danger? C’est « loin de la vérité », tempère Neil Shearing, économiste principal de Capital Economics, dans une note. « Cela pourrait accélérer le développement de plus petits blocs commerciaux qui utilisent des devises alternatives, mais celles-ci ne rivaliseront pas avec l’ampleur et la portée du dollar ».

Source : BFM